Si vous avez une connaissance même minimale du monde de la recherche académique, vous savez certainement que l’obtention d’un poste dit permanent est un objectif assez difficile à atteindre.1 Comme dans tout système où il y a un nombre limité de places (et une certaine pression pour les obtenir), des systèmes de sélection sont développés. Idéalement, la fonction publique utilise le système de concours pour sélectionner les candidats les plus compétents. Cependant, pour un poste de chercheur ou d’enseignant-chercheur, la notion même de compétence est très difficile à évaluer objectivement et précisément.
Entendons bien qu’il est possible de comparer des candidats sur des critères objectifs comme le nombre de publications, où des critères subjectifs comme leur impact, leur pertinence ou l’alignement avec les objectifs nationaux de recherche, mais au-delà du tri excellent, bon, moyen, mauvais, il est très difficile de comparer les candidats au sein de ces quatre grandes catégories. Faut-il privilégier un séjour à l’étranger, une publication qui reçoit un prix, une collaboration avec un chercheur de renom, l’écriture d’un livre ?
Dans ce contexte, il y a un système relativement simple et efficace déployé dans tout système assez complexe : les relations sociales. Si vous avez déjà discuté avec les membres du jury, où que ceux-ci connaissent vos travaux avant d’avoir à lire votre dossier, vous partez avec un avantage certain. Bien que ce système ne soit décrit nulle part, il est évident pour tout candidat qu’il faut venir présenter ses travaux de recherche dans les universités avant d’y déposer une candidature.
Je me lance donc dans un petit tour de France des universités en partant de la Pologne. Pour limiter l’impact de cette petite escapade, j’utilise des trains pour mes déplacements, ce qui fait d’autant plus de sens que la majorité d’entre eux se situeront en France. Je vais donc partir de Varsovie pour Bordeaux en passant par Berlin, Essen, Paris, Montpellier, Marseille et retour à Paris. Le trajet, comme toujours, ne sera pas reproductible, mais donne une idée des prix et de l’impact écologique d’un tel voyage. Pour le calcul des émissions d’équivalent CO2, j’ai utilisé le site Ecopassenger, en suivant la même méthodologie que pour le premier billet de la série.
| Numéro Train | Départ (Gare) | Arrivée (Gare) | Départ (Temps) | Arrivée (Temps) | Prix (€) | CO2 (kg) | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| EC 248 | Varsovie | Berlin | 2024-10-30 05:00:00 | 2024-10-30 09:55:00 | 30 | 49,6 | |
| ICE 940 | Berlin | Essen | 2024-10-30 11:32:00 | 2024-10-30 15:35:00 | 48 | 12,7 | |
| EST 9474 | Essen | Paris | 2024-10-30 15:59:00 | 2024-10-30 20:05:00 | 102 | 6,7 | |
| INOUI 12263 | Paris | Bordeaux | 2024-11-04 16:04:00 | 2024-11-04 18:14:00 | 55 | 2,4 | |
| INTERCITES 4669 | Bordeaux | Montpellier | 2024-11-05 18:23:00 | 2024-11-05 22:58:00 | 30 | 1,8 | |
| INTERCITES 4663 | Montpellier | Marseille | 2024-11-07 19:01:00 | 2024-11-07 20:36:00 | 25 | 0,63 | |
| INOUI 6132 | Marseille | Paris | 2024-11-08 19:04:00 | 2024-11-08 22:22:00 | 65 | 3,2 | |
| NJ 40469 | Paris | Berlin | 2024-11-19 19:12:00 | 2024-11-20 09:16:00 | 64 | 17,1 | |
| EC 45 | Berlin | Varsovie | 2024-11-20 09:52:00 | 2024-11-20 15:08:00 | 30 | 50 | |
| 449 | 144,13 | TOTAL |

La comparaison avec l’avion n’a tout simplement pas de sens : qui prendrait un avion pour faire Paris - Bordeaux, ou Montpellier - Marseille ? Le découpage même du trajet en plusieurs villes est très adapté à ce moyen de transport. Cela donne quelques pistes pour favoriser l’utilisation du train dans le monde de la recherche : créer une recherche plus itinérante et allonger la durée des séjours.
Conclusion
Je profite de cette seconde analyse des impacts écologiques pour noter que les deux tiers de l’impact écologique de ce voyage sont dus au trajet Varsovie - Berlin et Berlin—Varsovie, dû à la longueur du trajet et à l’utilisation de locomotives diesel. Pour ce trajet, le train est un moyen de transport qui est à peu près aussi polluant qu’un autocar rempli, mais apporte un confort indéniable.2 Une autre remarque amusante est le prix du Essen—Paris à l’aller qui est plus élevé que le prix du Paris-Varsovie au retour, ce que j’impute aux pratiques commerciales de la compagnie Eurostar. Pour un exemple relativement frais d’une telle “découverte journalistique” je renvoie à un entretien avec Yasmine Belkaid sur France Inter pour l’émission le 7/10. Notons que Yasmine Belkaid est partie aux États-Unis en 2002 car “il n’y avait pas de perspectives de carrière en France”, un sujet qui est donc brûlant de nouveauté. L’entretien est disponible en audio sur le site de France Inter, mais il n’est pas facile de citer précisément une minute de l’entretien contrairement à la plateforme non libre YouTube.↩︎ Ayant récemment utilisé le flixbus Paris—Varsovie de 25h, je confirme que le bus est beaucoup moins agréable que le train.↩︎